Les Halles de Schaerbeek
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QU’EST-CE QU’UNE PRODUCTION DELEGUEE ?

AUTOUR DU PROJET NI NI YA MO MO – en compagnie de GUILHEM CHATIR, GAELLE VATRICAN, STEVEN CAYRASSO

 

JOURNAL : Pour commencer Guilhem tu pourrais peut-être nous expliquer comment est né le projet de Ni Ni Ya Mo Mo.

GUILHEM : C’est un projet que j'ai imaginé il y a longtemps. C'est parti de quelque chose que j’ai commencé à rêver seul. Ce qui s'est passé, c'est que j'ai senti que j'avais besoin d'un..e partenaire de travail pour construire. Parce que je pense que tout seul, on ne construit pas grand-chose. C'est le premier point. Et de là, ça a été une rencontre avec Gaëlle. Je lui ai dit : est-ce que ça te motive qu'on travaille ensemble ? Il n'y avait pas trop les modalités. C'est très peu clair au début.

JOURNAL : Toi Gaëlle tu faisais quoi à l’époque ?

GAËLLE : J'ai une formation de danseuse et je travaille en tant que collaboratrice administrative et financière aux Brigittines. On s'était entrecroisé..es à plusieurs reprises dans nos vies avant ça. Et Guilhem est venu jouer sa précédente pièce, Vertige, aux Brigittines en mars 2002. À la suite de cette pièce, on a eu un temps d'échange entre nous de manière très informelle et je pense que de là a aussi jailli de manière plus concrète l'envie de travailler ensemble.

GUILHEM : Oui, c'est aussi trouver un rapport humain. Et aussi comment ? Qu'est ce qui fait que ça fonctionne ? Quelles sont les qualités de chacun..e ? Et qu'est ce qui fait que là où moi j'ai des difficultés, Gaëlle elle a des facilités et vice versa ?

JOURNAL : Comment s’est développé le projet par la suite ?

GUILHEM : Au début, on a commencé par beaucoup parler du projet, rêver ensemble, imaginer ce que ça pourrait être de façon théorique. Et du coup, Gaëlle a tout de suite cadré les choses en demandant quels sont les besoins. Et concrètement c’était de l'argent, des lieux de travail, un soutien technique, et de l’amour ! Et je pense qu'à partir de ça le projet commence à être concret, c'est à dire qu’on arrive à le visualiser dans le temps et dans l'espace.

GAELLE : Une fois qu'on avait des pistes déjà un peu concrètes de la pièce, on a commencé à imaginer quel type de format, combien de plateaux. Il y a eu plein d’étapes de réflexion depuis la rédaction du dossier pour arriver à ce moment où on a cerné une envie de manière plus précise. Après il nous restait encore à définir comment on traduit des envies artistiques en besoins logistique, production. Puis on se projetait sur une date fictive de première, et tout le jeu c’était de savoir si ou non, c’était jouable.

GUILHEM :  Et c’est à ce moment-là que Steven intervient. Moi je me suis mis en branle pour chercher des financements, parce que bon, c’est quand même le nerf de la guerre. Et trouver de l'argent pour faire son travail, c’est vraiment pas la partie la plus drôle et pas la partie la plus facile. Je crois que c’est la même pour tout le monde. En général dans le milieu et avec les coupes budgétaires on sait quelle galère c’est. D'abord, j'ai sollicité Matthieu (nb : direction artistique des Halles) pour un rendez-vous. Je lui ai parlé de la pièce et il m'a dit ok, j'ai envie de soutenir le projet.

STEVEN : Et c’est dans la foulée qu’on s’est rencontré, à l’automne 2023, pour envisager la production déléguée du projet. Matthieu va plutôt s’occuper de solidifier les partenaires, contacter son réseau, présenter la pièce, en parler pour essayer d'avoir des partenaires supplémentaires que ce soit pour de l'apport financier ou pour des temps de résidence. Le fait que tout d'un coup les Halles de Schaerbeek soutiennent le projet en production, ça donne une scène, un poids au projet, ça vient concrétiser des partenariats. Et moi, je vais agir sur la partie plutôt pratique, on va dire de constituer à reprendre le budget, tout analyser ensemble et voir ce qui est possible ou pas. Ça va être toute la partie budgétaire, planning, coordination et tout ce qui a trait à l'administration et contractualisation.

GUILHEM : On peut aussi rajouter, parce que c'est quand même un départ pour nous, qu’il a aussi aidé à réfléchir le projet, repenser le calendrier, le budget. Parce qu'en fait un budget, c'est pas que de l'argent, c'est des décisions de travail, c'est des décisions artistiques. Pareil pour les résidences, comment on les fait, à quel moment, pourquoi, et cetera. Je pense que là aussi ça peut nous aider à remettre de la réflexion.

STEVEN : Une production déléguée c’est aussi mettre les forces de la structure, que ce soit en production, en communication, en technique, au service du projet. Matthieu, en tout cas, lui, a la volonté de de soutenir des projets d'artistes émergents, qui ne sont pas encore structurés. Parce que la première chose pratique par exemple, c’est qu’il n'y a pas de structure et donc Guilhem et Gaëlle ne peuvent pas faire de contrat. Recevoir des subsides c'est possible mais l’argent arrive sur ton compte. Donc une production déléguée c’est avoir une structure administrative qui peut faire tout ça. Mais au-delà de ça, c’est soutenir un premier projet et le mener à une structuration plus grande pour que quand le partenariat s'achève, l'artiste soit plus solide pour continuer seul le chemin.

GAËLLE : C’est vraiment bénéficier des choses qui sont très installées pour vous, de canaux par lesquels ça nous permet de passer. Et puis, par ailleurs, dans les réunions et le suivi général du projet, nous donner aussi des outils à réemployer pour plus tard. Il y a un moment où cette production déléguée va cesser et on va récupérer la gestion générale de ce projet.

JOURNAL : Quelque chose à rajouter pour conclure ?

GUILHEM : ça me parait aussi important de dire qu’une production déléguée c’est des gens qui travaillent ensemble, c'est aussi une équipe à créer et ça, c'est vraiment essentiel. Et chaque pôle est essentiel en fait. Un artiste peut avoir une magnifique idée super, mais il ne fera rien s’il n'y a pas quelqu'un qui croit et qui porte le projet.

GAËLLE : Et je vais ajouter que c'est hyper précieux pour nous d'avoir en l'occurrence Steven qui nous a suivis vraiment de très près, d'avoir cette personne qui gravite autour et qui permet de dézoomer sur certaines choses.

Nous, on est beaucoup à l'intérieur, à différents moments, à différentes intensités, à différents états de stress. Avoir des temps de réflexion et de recadrage, anticiper en particulier une fois qu'on commence à accélérer le rythme des résidences à l’approche de la première, avoir quelqu'un qui nous rappelle à l'ordre sur les étapes qu'on doit suivre, c’est hyper précieux.

STEVEN : La production déléguée, c'est quelque chose qui n'est pas évident, ça dépend des institutions, des structures qui portent les projets. Il y en a qui sont très habituées, qui sont des théâtres ou des structures de création, mais typiquement les halles, ce n’est pas spécialement le cas. Nous, on est vraiment plus une structure d'accueil, on accueille des spectacles. Ça peut être quelque chose de compliqué parce qu'il y a l'institution qui est là, qui roule, qui fonctionne. Et il y a la compagnie qui, tout d'un coup, obtient ce soutien et en attend beaucoup et nous on n'a pas forcément les moyens de donner autant. Et pourtant, moi, la façon dont je l'envisage c’est que ça devient un projet des Halles. Ça devient un projet de la structure et donc on peut. Il y a deux manières pour moi de faire de la production déléguée quand on est à mon poste, c'est un peu faire la banque parce qu'on peut aussi tout simplement se satisfaire de gérer le budget. Dans ce cas, on est vraiment à distance, c'est purement administratif. Mais je trouve que ça n'a pas n'a pas beaucoup d'intérêt, ni pour les artistes, ni pour le..a chargé..e de production et pour la structure en général. Je pense que c'est intéressant quand il y a justement ce lien qui se crée et cet accompagnement où en fait, nous, on fait partie de l'équipe artistique. Donc moi, par exemple, je vais souvent aller sur les sorties de résidence pour voir l'évolution du projet et avoir une connaissance du projet artistique. En fait, tout simplement, c'est pas juste signer les contrats, faire les paye et puis c'est tout. Et en même temps ça permet d’échanger et discuter sur le projet et d'être présent avec justement un peu cette distance. Et quand ça fonctionne bien ça peut être vraiment très riche pour les deux côtés.